Points de vue sur l'état actuel et l'avenir du secteur énergétique du Canada
Présenté par
Gaétan Caron
Président et premier dirigeant de
l'Office national de l'énergie
La North American Electric Reliability Corporation
Réunion du conseil d'administration
5 août 2010
Je vous remercie de me donner l'occasion de vous parler aujourd'hui du secteur énergétique au Canada. Notre organisme est un membre actif de la NERC depuis déjà plusieurs années et nous appuyons fortement ce qu'elle fait pour promouvoir la fiabilité des réseaux de production-transport d'électricité en Amérique du Nord.
Mes commentaires aujourd'hui portent sur notre situation actuelle et sur son évolution possible.
- Je soulignerai que l'objectif primordial pour nos systèmes énergétiques est la durabilité.
- Je décrirai les grandes tendances, les principaux défis et le rôle du commerce de l'énergie et celui du consommateur.
- Je terminerai avec quelques observations sur les initiatives qui nous rapprocheront de notre objectif.
Rôle de l'Office
- L’Office est un organisme fédéral indépendant mis sur pied en 1959 par le Parlement canadien.
- Il est investi de deux grandes responsabilités découlant de la Loi sur l'Office national de l'énergie.
- Son rôle de réglementation comprend ce qui suit : surveillance de la construction et de l'exploitation de pipelines internationaux et interprovinciaux, de lignes internationales de transport d'électricité et de lignes interprovinciales désignées; autorisation des droits et tarifs des sociétés pipelinières; autorisation des exportations d'énergie (pétrole, gaz naturel, liquides de gaz naturel et électricité) et des importations de gaz naturel; administration de la Loi sur les opérations pétrolières au Canada (LOPC) qui s'applique aux activités pétrolières et gazières ayant lieu dans les régions pionnières non visées par un accord et dans les zones extracôtières.
- Son rôle consultatif consiste à informer le gouvernement, l'industrie et le grand public des faits nouveaux en matière d'approvisionnement et de marchés énergétiques au moyen de rapports comme L'avenir énergétique du Canada et d'autres évaluations du marché de l'énergie, ainsi qu'à afficher l'information sur son site Web.
- Nous travaillons donc avec des collaborateurs au sein du gouvernement et dans le secteur privé puisque les activités de l'Office sont essentiellement fondées sur la consultation des parties prenantes.
- Note : L'Office réglemente environ 71 000 km (44 120 miles) de pipelines à travers le Canada, environ 1 400 km (870 miles) de lignes internationales de transport d'électricité, et plus de 1 600 puits dans les régions pionnières et les zones extracôtières (un seul puits extracôtier a été foré depuis l'attribution des responsabilités de la LOPC à l'Office en 1991).
La réalité des hydrocarbures
À l'échelle mondiale, il sera de plus en plus important d'évaluer judicieusement les questions relatives à l'énergie. La demande d'énergie en Amérique du Nord est en hausse dans l'ensemble. Tout ce que nous faisons au jour le jour utilise de l'énergie : nos entreprises, nos voitures, nos maisons, tous les produits que nous fabriquons, les aliments que nous mangeons, notre participation à cette conférence, et la liste continue. Tant que le monde continue à grandir et à évoluer, nous utiliserons de plus en plus ces choses ainsi que l'énergie y afférente. Le scénario 450 ppm de l'Agence internationale de l'énergie, représenté par ce graphique, suppose des mesures sévères pour réduire les émissions de CO2 et des gains d'efficacité énergétique. Selon ce scénario de croissance « verte », la demande d'énergie primaire devrait augmenter de 20 % entre 2007 et 2030. Il semble que nous continuerons à utiliser les hydrocarbures pendant longtemps encore. En 2030, les combustibles fossiles, représentant deux tiers des sources de la demande d'énergie primaire dans le monde, seront encore dominants. Pour aller de l'avant, la question est de savoir comment les stratégies et les politiques peuvent atténuer les conséquences de la consommation d'hydrocarbures. Le défi est de déterminer la meilleure façon de gérer et de réduire les effets de notre consommation incontournable d'hydrocarbures.
Note : Le scénario 450 de l'Agence internationale de l'énergie suppose que les gouvernements prennent des mesures sévères pour réduire les émissions de CO2. Ces changements de politique amèneraient à limiter la concentration de GES dans l'atmosphère à l'équivalent de 450 parties par million d'équivalent-CO2 et la hausse des températures globales à 2 oC. La demande de combustibles fossiles atteindra son plus haut niveau d'ici 2020 et les combustibles sans carbone représenteront un tiers des sources de la demande d'énergie primaire dans le monde d'ici 2030. Il faut toutefois que les mesures soient en place avant 2020.
La réalité des hydrocarbures au Canada
- L'Office effectue un travail de modélisation similaire en matière d'énergie, mais d'un point de vue canadien. Le scénario environnemental, produit par l'Office en 2007, montre aussi que les combustibles fossiles continueraient à dominer au Canada; toutefois, il est possible que la production de combustibles à zéro émission augmente pour répondre à un tiers environ de nos besoins.
Ressources énergétiques du Canada
D’importantes quantités d’électricité, de charbon, de pétrole brut et de gaz naturel sont produites, exportées et consommées chaque année, contribuant ainsi à l’économie du Canada. Il est donc vital que ces ressources soient gérées de manière responsable et sécuritaire.
Si l'on y inclut les sables bitumineux, les réserves de pétrole du Canada ne sont surpassées que par celles de l'Arabie saoudite. On prévoit d'ailleurs que la production canadienne de pétrole croîtra pour passer de quelque 2,7 millions de barils par jour en 2009 à 3,8 millions en 2020. La majeure partie de cette production, plus des deux tiers, est destinée à répondre aux besoins des marchés américains. Le Canada est en effet le premier fournisseur des États-Unis en pétrole brut et le sera encore pour longtemps.
Les exportations nettes de gaz naturel en 2009 se sont élevées à environ 7 Gpi3/j, soit près de 45 % de la production canadienne. Le gaz naturel canadien comble 11 % des besoins en gaz naturel des États-Unis, les régions du Centre/Midwest et du Nord-Est étant les plus gros marchés d'exportation du Canada. Et tout comme les États-Unis, le Canada possède de vastes réserves de gaz classique et de gaz de schistes.
- En 2009, le Canada a produit 575 TWh d'électricité, dont près de 80 % au moyen de technologies à émissions nulles, y compris les grandes centrales hydroélectriques, nucléaires et d'autres ressources renouvelables.
- La production alimentée au gaz naturel et à l'énergie nucléaire devrait augmenter, alors que celle au charbon devrait chuter de presque de moitié d'ici 2020.
- Les technologies de remplacement et émergentes devraient aussi commencer à accroître leur part dans la composition des moyens de production au Canada, particulièrement l'énergie éolienne.
En 2009, l'industrie énergétique comptait pour 7 % du produit intérieur brut du Canada et 81 milliards de dollars de la valeur totale de nos exportations. En chiffres absolus, l'énergie représente environ 23 % de la valeur de toutes les exportations canadiennes. L'industrie en amont du pétrole et du gaz au Canada a investi 33 milliards de dollars en 2009.
Durabilité
- La durabilité est un aspect clé de la gestion de la consommation d'hydrocarbures.
- Imaginez un tabouret dont les trois pieds représentent l'environnement, l'économie et la société. L'objectif est d'intégrer les buts environnementaux, économiques et sociaux.
- L'intérêt public englobe les intérêts économiques, environnementaux et sociaux de toute la population canadienne; or, ces intérêts changent en fonction de l'évolution des valeurs et des préférences de la société.
- L'Office considère toutes les conséquences pertinentes sur ces intérêts lorsqu'il rend ses décisions. C'est un aspect clé de la poursuite d'un avenir énergétique durable.
- Le Canada cherche à diversifier son panier d'énergies et à assurer sa durabilité en ajoutant aux hydrocarbures un approvisionnement croissant d'énergie provenant de ressources comme l'eau, le vent, le soleil, les marées et la biomasse. Les progrès technologiques du côté de l'offre et de la demande ainsi que les efforts de conservation constants soutiennent cette diversification.
Les défis
- L'intégration des buts environnementaux, économiques et sociaux sera difficile et prendra du temps.
- Comme le cube de Rubik, les résultats escomptés peuvent sembler clairs, mais la réalisation de la transformation est un casse-tête.
- Les ressources renouvelables ont souvent besoin d'infrastructure et leur intégration exige une source d'appoint. Au Canada, les autorités compétentes prennent des mesures pour gérer la nature intermittente de l'énergie éolienne; ainsi, les provinces dotées de vastes ressources hydrauliques et éoliennes explorent les possibilités de synergie pour le stockage d'énergie et l'intégration d'une plus grande quantité d'énergie éolienne dans le réseau.
- Une participation significative du public sera essentielle pour évaluer les nouvelles infrastructures d'une manière équitable et en temps opportun. (L'établissement du Bureau de gestion des grands projets en 2007 a joué un rôle clé dans ce sens.)
- Bon nombre des réseaux canadiens existants devront s'adapter à une gamme étendue d'applications (p. ex. : modification de l'usage de l'électricité par les consommateurs avec les nouveaux téléviseurs et autres, et évolution de l'instrumentation des réseaux intelligents).
- Selon les perspectives énergétiques mondiales de l'Agence internationale de l'énergie en 2008, le secteur mondial de l'électricité a besoin d'un investissement de 13,6 billions de dollars, dont 221 milliards de dollars au Canada, d'ici 2030.
- Les forces du marché, l'orientation politique et les décisions des réglementeurs contribueront toutes à la poursuite d'un réseau durable.
Le rôle du consommateur
- L'inukshuk inuit a une signification traditionnelle, qui est : Vous êtes sur la bonne voie.
- Pour que le Canada reste sur la « bonne voie » vers un avenir énergétique durable, le consommateur doit jouer un rôle central dans le façonnement des marchés énergétiques d'aujourd'hui et de demain. Après tout, c'est le consommateur qui défraie la plupart des investissements et c'est lui qui fixe le niveau de la demande.
- La transformation de la demande dépendra de la fermeté de l'engagement du consommateur à changer de comportement ainsi que des incitatifs et des solutions technologiques qui peuvent gérer et appuyer au mieux un tel changement.
- Les progrès technologiques du « réseau intelligent » permettent au consommateur de prendre des décisions relatives aux marchés. En effet, les compteurs intelligents accroissent la sensibilisation à la consommation d'énergie et créent une occasion pour les consommateurs de réagir aux prix élevés qui caractérisent les périodes de pointe.
- Des initiatives contribuant à la réduction de la demande d'énergie comprennent notamment l'adoption de codes du bâtiment plus stricts, l'application de nouvelles normes minimales d'efficacité énergétique pour les équipements, l'imposition de limites sur la puissance en mode veille d'appareils ménagers courants et l'élimination graduelle de l'éclairage inefficace d'ici 2012 grâce aux règlements pris en vertu de la Loi sur l'efficacité énergétique du Canada.
Initiatives dans le domaine de la réglementation
- L'Office a dans sa trousse de nombreux outils pour promouvoir un avenir énergétique durable.
- Nous avons un modèle de réglementation solide qui a évolué au fil du temps (51 ans) et qui nous permet de faire une évaluation transparente et complète des grands projets énergétiques et le suivi des décisions afin de veiller au respect des engagements à l'égard de la sécurité, de l'environnement et du public tout au long du cycle de vie du projet. Le modèle de l'Office n'est pas parfait, mais nous l'améliorons continuellement à l'aide de véhicules tels que :
- l'initiative de consultation relative aux questions foncières (ICQF);
- la participation significative des organisations non gouvernementales de l'environnement;
- la substitution et l'aide financière aux participants comme il a été présenté dans le discours du budget;
- la participation active aux travaux du Bureau de gestion des grands projets pour rationaliser tout le processus de réglementation en collaboration avec nos partenaires fédéraux;
- notre Programme d'information sur l'énergie. En effet, la population canadienne a besoin d'une source impartiale d'information et d'analyse dans le but de prendre de meilleures décisions. En tant qu'organisme de réglementation indépendant, mandaté pour suivre de très près les développements énergétiques, l'Office est bien placé pour lui fournir une telle source.
- Les priorités stratégiques de l'Office sont les suivantes :
- Passer en revue les exigences relatives aux forages extracôtiers dans l'Arctique
- Clarifier davantage les exigences de dépôt des demandes
- Améliorer la participation du public afin d'être mieux au courant de l'évolution des valeurs et des préférences de la société
- Être expert et indépendant dans la réglementation de la sécurité et de l'environnement
- Veiller à ce que les Canadiens soient bien informés et équipés pour faire des choix énergétiques axés sur la durabilité
Vers un avenir énergétique prometteur
- Nous devons poursuivre le débat public sur la définition d'un avenir énergétique prometteur pour le Canada.
- Un peu plus tôt cette année à Ottawa, l'Office a participé au débat public en tenant une conférence réussie sur l'avenir énergétique qui avait pour thème « Bâtir un avenir énergétique durable ». L'ordre du jour comprenait ce qui suit :
- infrastructure énergétique efficiente,
- innovation dans les marchés de l'électricité,
- investissement dans des projets relatifs à l'énergie renouvelable,
- adaptation à une nouvelle réalité de l'offre et de la demande de gaz naturel,
- définition du rôle du Canada dans le maintien de l'offre,
- satisfaction de la demande de pétrole dans le monde,
- modification du comportement des consommateurs et développement des technologies et processus pour ne plus associer meilleure qualité de vie à consommation d'énergie accrue
- Le succès de ces entreprises contribuerait à la réalisation des objectifs environnementaux, sociaux et économiques en matière de durabilité.
- Il dépend de nombreuses mesures, notamment réglementaires, financières et technologiques.
- Les résultats sont optimisés si nous concentrons nos efforts à trouver des solutions au lieu de critiquer les choix énergétiques.