Points de vue sur l'état actuel et l'avenir du secteur énergétique du Canada
Présenté par
Gaétan Caron
Président et premier dirigeant de
l'Office national de l'énergie
Comité sénatorial permanent de l'énergie,
de l'environnement et des ressources naturelles
Ottawa (Ontario)
27 avril 2010
Plan
- Mes commentaires aujourd'hui portent sur notre situation actuelle et sur son évolution possible.
- Je soulignerai que l'objectif primordial pour nos systèmes énergétiques est la durabilité.
- J'utiliserai les marchés de l'électricité comme exemple pour décrire les grandes tendances, les principaux défis et le rôle du commerce de l'énergie et celui du consommateur.
- Je terminerai avec quelques observations sur les initiatives qui nous rapprocheront d'un avenir énergétique durable.
Rôle de l'Office
- L'Office est un organisme fédéral indépendant mis sur pied en 1959 par le Parlement canadien.
- Il est investi de deux grandes responsabilités découlant de la Loi sur l'Office national de l'énergie :
- Son rôle de réglementation comprend ce qui suit : surveillance de la construction et de l'exploitation de pipelines internationaux et interprovinciaux, de lignes internationales de transport d'électricité et de lignes interprovinciales désignées; autorisation des droits et tarifs des sociétés pipelinières; autorisation des exportations d'énergie (pétrole, gaz naturel, liquides de gaz naturel et électricité) et des importations de gaz naturel.
- Son rôle consultatif consiste à informer le gouvernement, l'industrie et le grand public des faits nouveaux en matière d'approvisionnement et de marchés énergétiques au moyen de rapports comme L'avenir énergétique du Canada et d'autres évaluations du marché de l'énergie, ainsi qu'à afficher l'information sur son site Web.
- Nous travaillons donc avec des collaborateurs au sein du gouvernement et dans le secteur privé puisque les activités de l'Office sont essentiellement fondées sur la consultation des parties prenantes.
Note: L'Office réglemente environ 71 000 km (44 120 miles) de pipelines à travers le Canada et environ 1 400 km (870 miles) de lignes internationales de transport d'électricité.
La réalité des hydrocarbures dans le monde
- Avec la reprise économique, la demande totale d'énergie dans le monde sera de nouveau à la hausse.
- Le scénario 450 de l'Agence internationale de l'énergie, représenté par ce graphique, suppose des mesures sévères pour réduire les émissions de CO2 et des gains d'efficacité énergétique.
- Même selon ce scénario « vert », la demande d'énergie primaire augmente de 20 % entre 2007 et 2030.
- En 2030, les combustibles fossiles, représentant deux tiers des sources de la demande d'énergie primaire dans le monde, seront encore dominants.
- Une question clé se pose : Quelles sont les stratégies et les politiques qui peuvent atténuer les conséquences de la consommation d'hydrocarbures?
- Le défi consiste à déterminer quelle est la meilleure façon de gérer et de réduire les effets de notre incontournable consommation d'hydrocarbures.
Note: Le scénario 450 de l'Agence internationale de l'énergie suppose que les gouvernements prennent des mesures sévères pour réduire les émissions de CO2. Ces changements de politique amèneraient à limiter la concentration de GES dans l'atmosphère à 450 parties par million d'équivalent-CO2 et la hausse des températures globales à 2 oC. La demande de combustibles fossiles atteindra son plus haut niveau d'ici 2020 et les combustibles sans carbone représenteront un tiers des sources de la demande d'énergie primaire dans le monde d'ici 2030. Il faut toutefois que les mesures soient en place avant 2020.
La réalité des hydrocarbures au Canada
- Même ce scénario vert produit par l'Office en 2007 (le scénario Triple-E faisait état d'efforts de protection de l'environnement mais pas exclusivement) montre que les combustibles fossiles continueraient à dominer au Canada; toutefois, il est possible que la production de combustibles à zéro émission augmente pour répondre à un tiers environ de nos besoins.
- Le Canada se trouve dans une position unique dans l'économie mondiale, étant à la fois un grand consommateur, producteur et exportateur d'énergie. En effet, nous vivons dans un immense pays froid dont l'économie repose sur les ressources. Cela fait du Canada un des plus gros utilisateurs d'énergie au monde.
- En outre, d'importantes quantités d'électricité, de charbon, de pétrole brut et de gaz naturel sont produites et exportées chaque année, contribuant ainsi à l'économie du Canada.
Durabilité
- La durabilité est un aspect clé de la gestion de la consommation d'hydrocarbures.
- Imaginez un tabouret dont les trois pieds représentent l'environnement, l'économie et la société. L'objectif est d'intégrer les buts environnementaux, économiques et sociaux.
- L'intérêt public englobe les intérêts économiques, environnementaux et sociaux de toute la population canadienne; or, ces intérêts changent en fonction de l'évolution des valeurs et des préférences de la société.
- L'Office considère toutes les conséquences pertinentes sur ces intérêts lorsqu'il rend ses décisions. C'est un aspect clé de la poursuite d'un avenir énergétique durable.
- Le Canada cherche à diversifier son panier d'énergies et à assurer sa durabilité en ajoutant aux hydrocarbures un approvisionnement croissant d'énergie provenant de ressources comme l'eau, le vent, le soleil, les marées et la biomasse. Les progrès technologiques du côté de l'offre et de la demande ainsi que les efforts de conservation constants soutiennent cette diversification.
Les tendances de l'énergie : production d'électricité
- Servons-nous des marchés d'électricité pour montrer ce que l'avenir nous réserve.
- La production de sources classiques représentera la majorité de l'énergie jusqu'en 2020.
- Les centrales alimentées au gaz naturel augmentent leur part de production de 8 à 11 % du total.
- La production d'énergie nucléaire devrait croître légèrement grâce à des augmentations au Nouveau-Brunswick (680 MW en 2017) et en Alberta (1 000 MW en 2020).
- Par contre, la production au charbon pourrait chuter presque de moitié.
- Les technologies de remplacement et émergentes commencent à accroître leur part dans la composition des moyens de production au Canada, particulièrement l'énergie éolienne.
Les défis
- L'intégration des buts environnementaux, économiques et sociaux sera difficile et prendra du temps.
- Comme le cube de Rubik, les résultats escomptés peuvent sembler clairs, mais la réalisation de la transformation est un casse-tête.
- Il faut construire des infrastructures pour exploiter les ressources renouvelables et maximiser la flexibilité d'exploitation de ces ressources pour les intégrer.
- Au Canada, les autorités compétentes prennent des mesures pour gérer la nature intermittente de l'énergie éolienne; ainsi, les provinces dotées de vastes ressources hydrauliques et éoliennes explorent les possibilités de synergie pour le stockage d'énergie et l'intégration d'une plus grande quantité d'énergie éolienne dans le réseau.
- La participation et le soutien du public seront essentiels pour évaluer les nouvelles infrastructures d'une manière équitable et en temps opportun. (L'établissement du Bureau de gestion des grands projets (BGGP) en 2007 a joué un rôle clé dans ce sens.)
- Nombre de réseaux canadiens existants ont besoin d'être remplacés ou dotés d'une nouvelle technologie efficace pour s'adapter à un réseau d'alimentation configuré différemment.
- Selon les perspectives énergétiques mondiales de l'Agence internationale de l'énergie en 2008, le secteur mondial de l'électricité a besoin d'un investissement de 13,6 billions de dollars, dont 221 milliards de dollars au Canada, d'ici 2030.
- La transformation durable du réseau découlera des forces du marché, de l'orientation politique et des décisions des réglementeurs.
Le commerce de l'énergie
- Le Canada est bien placé pour produire de l'électricité à plus faible teneur en carbone à l'avenir.
- La capacité des lignes de transport internationales et interprovinciales permet de réaliser une synergie dans la composition des moyens de production.
- Les technologies émergentes pourraient procurer d'importants avantages aux Canadiens :
- en permettant d'assurer un approvisionnement suffisant et fiable grâce à la mise en valeur de sources supplémentaires et plus diversifiées;
- en améliorant la qualité de l'air;
- en réduisant les émissions de CO2.
- Les secteurs clés susceptibles d'augmenter leur demande d'énergie sont celui de la production de pétrole tiré des sables bitumineux dans l'Ouest canadien et le secteur manufacturier du Canada.
- L'impact conjugué du désir de réduire les émissions et de la réaction à la volatilité des prix pourrait provoquer une plus forte demande d'efficacité énergétique.
Technologies complémentaires
- Parce qu'on peut accélérer leur régime presque instantanément, les centrales hydroélectriques et celles alimentées au gaz naturel ont les caractéristiques de fonctionnement qu'il faut pour prendre la relève de la production éolienne, qui est de nature variable.
- Ainsi, notre capacité hydroélectrique agit comme une batterie que nous utilisons pour compenser l'intermittence de l'énergie éolienne.
- Parce que les centrales au gaz naturel sont d'une plus petite échelle et que leurs émissions sont moindres, il est plus facile de les situer de façon à ce qu'elles s'intègrent le mieux possible aux réseaux d'électricité.
- Le Canada est bien approvisionné en ressources hydrauliques et gazières.
Le rôle du consommateur
- Un des logos des Jeux olympiques de 2010 était un inukshuk inuit dont l'une des fonctions traditionnelles est d'indiquer que vous êtes sur la bonne voie.
- Pour que le Canada reste sur la « bonne voie » vers un avenir énergétique durable, le consommateur doit jouer un rôle central dans le façonnement des marchés énergétiques d'aujourd'hui et de demain. Après tout, c'est le consommateur qui défraie la plupart des investissements et c'est lui qui fixe le niveau de la demande.
- La transformation de la demande dépendra de la fermeté de l'engagement du consommateur à changer de comportement ainsi que des incitatifs et des solutions technologiques qui peuvent gérer et appuyer au mieux un tel changement.
- Il sera important pour les réglementeurs de continuer à encourager les forces du marché et d'utiliser une démarche axée sur les buts plutôt que normative.
Transformation et croissance : Demande
- Les progrès technologiques du « réseau intelligent » permettent au consommateur de prendre des décisions relatives aux marchés. En effet, les compteurs intelligents accroissent la sensibilisation à la consommation d'énergie et créent une occasion pour les consommateurs de réagir aux prix élevés qui caractérisent les périodes de pointe.
- L'installation de compteurs intelligents en Ontario, en Colombie-Britannique et en Alberta est un exemple de la participation accrue du consommateur. D'ici 2011, l'Ontario coordonnera l'usage de compteurs intelligents avec des « prix en fonction de l'heure de consommation » pour les abonnés du secteur résidentiel et les petites entreprises.
- Les technologies avancées d'automatisation et de communication, qui permettent d'intégrer efficacement la production intermittente à la production décentralisée, constituent un autre élément du réseau intelligent.
- La production décentralisée est souvent assurée par des panneaux solaires sur les toits des propriétés résidentielles et commerciales ou par des petites centrales de cogénération dans des complexes urbains.
- D'autres initiatives contribuant à réduire la demande d'énergie comprennent notamment l'adoption de codes du bâtiment plus stricts, l'application de nouvelles normes minimales d'efficacité énergétique pour les équipements, l'imposition de limites sur la puissance en mode veille d'appareils ménagers courants et l'élimination graduelle de l'éclairage inefficace d'ici 2012 grâce aux règlements pris en vertu de la Loi sur l'efficacité énergétique du Canada.
Note: Le Règlement sur l'efficacité énergétique établit des normes d'efficacité énergétique pour une large gamme de produits utilisant de l'énergie, et ce, dans le but d'éliminer du marché canadien ceux qui sont les moins économes en énergie.
Capture et stockage du carbone
- Il est probable que la capture et le stockage du carbone (CSC) deviennent un élément clé de l'effort du Canada pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
- En Alberta, quatre projets à des fins commerciales sont l'objet de lettres d'intention signées pour obtenir du financement à même le fonds de CSC de 2 G$.
- Il est prévu que d'ici 2015, ces projets atteindront un niveau de réduction annuelle de CO2 qui correspondrait à retirer de la circulation environ un million de véhicules.
- Il s'agit des projets suivants :
- Swan Hills Synfuels, un projet d'exploitation de filons de charbon à 1 400 mètres sous terre, habituellement considérés comme étant trop profonds à exploiter, qui convertira ce charbon en gaz synthétique propre par gazéification in situ. Le gaz synthétique sera utilisé pour alimenter de nouvelles centrales électriques à haute efficacité et le CO2 créé durant ce processus sera capturé et utilisé pour la récupération assistée des hydrocarbures (RAH).
- Alberta Carbon Trunk Line, une canalisation principale de 240 kilomètres qui transportera du CO2 capturé d'une usine de production d'engrais et d'une usine de valorisation de sables bitumineux pour être utilisé dans des projets de RAH.
- Quest, un projet visant à capturer et stocker 1,2 million de tonnes de CO2 par an à compter de 2015 à l'usine de valorisation de Shell à Scotford, près de Fort Saskatchewan.
- Pioneer, un projet visant à capturer d'ici 2015 un million de tonnes de CO2 par an de la centrale au charbon Keephills 3 de TransAlta, située à l'est d'Edmonton et de les utiliser dans des projets de RAH.
Initiatives dans le domaine de la réglementation
- L'Office dispose dans sa trousse de nombreux outils pour promouvoir un avenir énergétique durable, notamment :
- l'initiative de consultation relative aux questions foncières
- la participation significative des organisations non gouvernementales de l'environnement
- la substitution et l'aide financière aux participants comme il a été présenté dans le discours du budget
- la participation active aux travaux du Bureau de gestion des grands projets
Vers un avenir énergétique prometteur
- Nous devons poursuivre le débat public sur la définition d'un avenir énergétique prometteur pour le Canada.
- Le mois dernier, l'Office a participé au débat public en tenant à Ottawa une conférence réussie sur l'avenir énergétique qui avait pour thème « Bâtir un avenir énergétique durable ». L'ordre du jour comprenait ce qui suit :
- infrastructure énergétique efficiente,
- innovation dans les marchés de l'électricité,
- investissement dans des projets relatifs à l'énergie renouvelable,
- adaptation à une nouvelle réalité de l'offre et de la demande de gaz naturel,
- définition du rôle du Canada dans le maintien de l'offre et
- la satisfaction de la demande de pétrole dans le monde.
- Le succès de ces entreprises à la réalisation des objectifs environnementaux, sociaux et économiques en matière de durabilité.
- Il dépend de nombreuses mesures, notamment réglementaires, financières et technologiques.
- Les résultats seront optimisés si nous concentrons nos efforts pour trouver des solutions au lieu de critiquer les choix énergétiques.